Publisher Theme
Art is not a luxury, but a necessity.

J’ai testé pour vous vivre sans protection hygiénique

0

On appelle ça le free flow instant, le flux instinctif libre en français. Il s’agit de se passer de protections hygiéniques (pendant ses règles, sinon ce n’est pas du jeu). Curieuse et aventurière, j’ai décidé de tester. Je vous raconte ce que j’ai appris. Attention SPOIL : c’est drôle et un peu cata.

J’ai souvent de brillantes idées. Je place celle-ci au sommet de mes brillantes idées. Tester le flux instinctif libre, c’est-à-dire me passer de protections hygiéniques en période de menstruations. Ce mouvement – on peut parler de mouvement, de plus en plus de femmes s’y adonnent ou du moins s’y intéressent – défend l’idée selon laquelle nous pouvons contrôler notre flux menstruel, éviter les protections périodiques ( dont la composition reste floue et inquiétante) et se reconnecter à notre corps et nos règles. Sur le papier, ça fait envie. En décidant de me lancer, j’ai ressenti beaucoup de fierté. Enfin j’allais faire un truc dans l’air du temps, en pleine conscience, féminin, écolo, et qui prône un retour au naturel. Une initiative d’utilité publique dans un monde en déroute qui nous fourre des tampons dans le vagin bourrés de glyphosate alors qu’au Moyen-Age, ON S’EN PASSAIT TRES BIEN.

MES RÈGLES ONT DÉBARQUÉ À L’AQUABIKE

Quand j’ai choisi de me lancer, j’étais large et sereine : mes règles étaient prévues pour dans trois semaines. J’ai donc procrastiné sans avoir à le faire. A quelques jours de mes règles, les sentant poindre dans mon utérus agité, j’ai regardé les serviettes hygiéniques chez Monop, déboussolée à l’idée de ne pas en acheter. En cas de souci, je ferais avec mon stock (quatre). Quant aux tampons, il faut savoir que je n’aime pas ça, je suis hypocondriaque, j’ai peur de développer un choc toxique, et peur que la peur de développer un choc toxique me fasse développer un choc toxique (trois ans de thérapie plus tard).

Le grand jour est arrivé. Mes règles ont débarqué un samedi matin. Hyper marrant : j’allais entrer dans la piscine pour ma séance d’AQUABIKE. Aux toilettes, j’ai vu du sang dans mon maillot. J’ai un peu paniqué, me répétant alors que mon papier (enfin mon article, pas le PQ) démarrerait sur cette anecdote et qu’on allait bien se marrer. Pour me rassurer, j’ai aussi pensé que « l’eau stoppait le flux », idée reçue à la con, puisque l’eau ne coupe rien du tout. Si on croit un truc pareil, c’est parce que dans le bain, on est allongée, on défie la gravité. Malheur, donc, puisqu’à l’Aquabike, on pédale debout, c’est pas du rameur.

LE PRINCIPE : RETENIR SON SANG PUIS FILER AUX TOILETTES POUR TOUT LÂCHER

J’ai passé ma séance d’Aquabike à contracter mon périnée, serrer ma ceinture abdominale et mater l’eau autour de mes cuisses. Peur de la marre rouge. Pas de marre rouge. Une petite précision s’impose : pour retenir ses règles, un périnée tonique et souple est de mise. On le contracte volontairement quand on sent que le flux sanguin approche. Après ça, on est censée filer aux toilettes pour « tout lâcher ». Même principe que pendant la gastro, si je peux me permettre le parallèle. Si ce n’est qu’en cas de gastro, c’est quand même beaucoup PLUS INSTINCTIF de se retenir.

Après le cours, je me suis douchée. ET RIEN. Je n’ai rien lâché. Faut dire qu’au début des règles, on perd très peu, mais on s’en fout, ça me brossait l’égo, ça me mettait en confiance. Je me suis rhabillée, et j’ai pris le bus, en continuant de contracter mon périnée. Jusqu’à 16h, je ne portais rien. Je contractais dans le vide ou bien je contractais tellement bien que mes règles restaient sagement en place (lol).

METTRE UNE SERVIETTE AU CAS OÙ, ET PUIS QUOI ENCORE 

Le soir, mon mec et moi étions invités chez ma sœur pour une soirée raclette. J’ai dit à mon mec : je commence à flipper, je ne sais pas faire deux choses en même temps, à savoir me détendre en buvant du blanc et serrer les muscles de mon vagin. Il m’a répondu : tu n’as qu’à mettre une serviette au cas où. Sauf que bon, mettre une serviette au cas où revient à biaiser l’affaire. En sachant que mon sang dispose d’un réceptacle, allais-je vraiment être capable de le garder ? J’ai quand même mis une serviette, respect pour le nouveau canapé IKEA de ma sœur, ses chaises et le siège du Chauffeur Privé au retour. Ce qui devait arriver est arrivé : j’ai bu, j’ai mangé, j’ai joué àTime’s Up !et j’ai perdu du sang, encore du sang, surtout quand mon mec essayait d’imiter Cyril Hanouna (il tombe toujours dessus, va savoir).

Promesse à moi-même en quittant la soirée : demain, dimanche, je vis sans protection aucune et tant mieux, puisque nous allons rester à la maison devant Netflix une bonne partie de la journée.

J’ai quand même choisi de dormir avec une serviette, flemme de pourrir mes draps (même si la gravité, tout ça). Et puis le flux instinctif libre n’a jamais demandé à ce que l’on se retienne la nuit, manquerait plus que ça.

JE SENTAIS MON SANG UNE FOIS QU’IL ÉTAIT LÀ, TROP TARD QUOI

Dimanche matin. VRAI DEBUT. Pas de serviette. J’ai enfilé une culotte de règles et suis partie faire une course. Et en traversant le passage piéton, j’ai senti que ÇA COULAIT. J’ai tout donné, tout serré, pas très sûre de moi. De retour à la maison, j’ai couru aux toilettes, et j’ai découvert une culotte tâchée. WHAT ? En fait, le problème, c’est que je sentais mon sang une fois qu’il était là, qu’il franchissait la ligne d’arrivée. Trop tard quoi. Je ne parvenais pas à anticiper, à me connecter à l’origine du monde, à mon endomètre. Et ça a recommencé plusieurs fois.

L’après-midi, j’ai changé de culotte, avec cette impression d’être une gamine de deux ans qui ne sait pas attendre le pot. On a regardé une série et j’ai contracté quand il me semblait qu’un petit cadeau s’incrustait. Concentrée, j’essayais même de remonter plus haut, de surprendre mes règles à la source. DEMASQUEES LES MEUFS !

J’étais semi-allongée, donc certes je trichais un peu. Mais il faut bien expérimenter. A la fin d’un épisode, j’ai donc été voir, et là, rien dans le slip, très beau slip vierge. A peine assise sur la cuvette que du sang a coulé. VICTOIRE. J’avais donc retenu (tout en restant allongée, oui, oui) du sang. Ça comptait un peu. Franchement. Premier pas.

ON NE PERD PAS DU SANG EN CONTINU, EINSTEIN

Plus tard, je suis restée debout, j’ai rangé, j’ai même passé l’aspirateur. J’étais très attentive mais il ne se passait rien, je ne sentais rien. Et aux toilettes il n’y a rien eu. De toute façon, on n’éjecte pas du sang en continu et il faut savoir que les femmes perdent en moyenne un volume de sang équivalent à un verre de vodka durant leurs règles. Que dalle en fait.

Le lundi, ça s’est gâté. J’ai décidé d’aller travailler dans mon café chéri, sans rien donc. Pour la blague, je n’ai même pas mis de soutif. Ambiance no bra. Ambiance je me libère. J’étais à deux doigts de ne pas me laver les dents mais je n’ai pas bien vu le rapport. Tranquillement assise en train d’écrire, je guettais mon sang. Et comme la veille, quand je le sentais, c’est qu’il était là. Du mois il me semblait. J’attendais sagement d’aller vérifier.

A PART M’EN METTRE PARTOUT, IL NE S’EST RIEN PASSÉ

Après quarante-cinq minutes (enfin), case WC. Autant vous planter le décor tout de suite : à part m’en foutre partout, il ne s’est rien passé. C’est dommage. Mais je tire plusieurs leçons de cette expérience. D’abord, ce qui est intéressant, c’est de pouvoir prendre conscience de son périnée. Beaucoup de femmes ne le situent pas. D’autres le situent mais ne savent pas toujours le contracter. Là, j’ai pu me connecter davantage à lui, mon vagin, mon corps, mon cycle. Et mes règles étaient ravies que je les regarde de plus près, les considère, même si je ne parvenais pas à « capter mon sang avant même qu’il n’entreprenne sa descente ». Ensuite, intéressons-nous au vocabulaire (car là, je ne suis pas contente). Instinctif : c’est faux. Tout ça n’a rien d’instinctif. Il faut contrôler, guetter, serrer. Quant à « libre », mensonge aussi. J’étais en permanence stressée, contrainte. Certes, il faut du temps pour se sentir « libre » et avoir le sentiment de gérer ses menstruations instinctivement. Les plus aguerries parlent de six mois d’entrainement avant d’être à l’aise. Alors bon, autant vous dire : rendez-vous dans six mois.

Même si ça me fatigue déjà, je n’ai pas envie de fermer le dossier. J’essaierai, encore. En espérant observer des progrès significatifs, parce qu’en attendant, j’ai trois jeans à passer à la machine et j’ai ruiné neuf culottes. Conclusion : je vais encore devoir aller chez H&M. 

Par

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

%d blogueurs aiment cette page :